Art et éducation - Plateformes de médiation: Nouvelles structures pour la médiation culturelle ? 
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Plateformes de médiation: Nouvelles structures pour la médiation culturelle ?
MURIELLE PERRITAZ (reso). La danse est un art fugace. La médiation dans ce domaine doit en tenir compte. Les actions de médiation autours de l'œuvre ne peuvent être conçues sur la durée, comme cela peut être le cas autours d'une exposition. Quelles en sont les conséquences?
Une des stratégies actuellement expérimentée en danse est d'élargir la vision de la médiation à un territoire, une région, et de ne pas la cantonner à l'institution. Le projet pilote "Plateformes de médiation en danse" a été lancé par Reso - Réseau Danse Suisse en 2010, renforçant ainsi quatre initiatives préexistantes dans les cantons de Vaud, Genève, Berne et du Jura. Il permet de coordonner les activités existantes dans le domaine de la médiation, de stimuler de nouveaux projets, et d’en garantir la la qualité. Et ceci avec tout type de publics, en et hors milieu scolaire.
Sarah Uwer accompagne dès le début ce processus de mise en place, et prépare parallèlement son doctorat sur la médiation en danse. Elle évoque dans son texte les spécificités relatives à la médiation dans ce domaine. Si l’éphémérité de la danse peut rendre le travail de médiation complexe, c’est cette même caractéristique qui la rend en totale adéquation avec notre société, une société en constante mutation, axée sur la momentanéité.
Médiatrice dans le domaine muséal, Raphaëlle Renken a choisi de prendre en charge la coordination de la plateforme vaudoise de médiation en danse. Comme elle le décrit dans son texte, cette étape lui permet de découvrir non seulement une nouvelle forme de médiation, mais de rajouter quelques nouvelles cordes à l'arc du médiateur ou de la médiatrice culturelle.
Ces contributions se veulent être une forme de bilan intermédiaire d’une expérience en cours. Les particularités de la danse nous ont amené à explorer différents territoires, voire même en découvrir de nouveaux. Nous espérons que cette expérience ne s’arrête pas aux frontières de la danse, et qu’elle puisse amener une petite pierre au grand édifice de la médiation.
Murielle Perritaz
Directrice
Reso – Réseau Danse Suisse
Edito comme PDF>>
La danse est un art de l’éphémère. Elle se manifeste à travers le positionnement conscient du corps et du mouvement dans l’espace et le temps. Au moment où l’on perçoit le phénomène danse, il a déjà sombré dans le passé sans avoir laissé de trace matérielle de son passage. L’histoire de la danse souligne d’une part l’éphémérité de la danse comme une qualité qui en fait un art unique, mais d’autre part elle la lui reproche comme un déficit qui contribue, aujourd’hui encore, à sa marginalisation.
Expression non verbale, la danse se dérobe largement à toute mise en mots et reste liée au corps. On ne saisit son sens que par l’expérience esthétique, indépendamment de la langue parlée ou écrite. La chorélogie scientifique moderne voit dans la danse une pensée, un savoir en mouvement. Cependant, il ne s’agit pas d’un savoir purement cognitif, transmis par le biais de la logique et de la langue, mais d’un «autre» savoir, immédiat et corporel.
La danse contemporaine, en particulier, passe pour être difficile d’accès du fait de son autoréférentialité et de son caractère conceptuel. Elle ne correspond pas à la conception affirmative de la danse, c’est-à-dire la reproduction de ce qu’on comprend généralement sous ce terme (certaines techniques, certaines formes de représentation, certains codes). Elle exige donc une grande ouverture d’esprit de la part des spectateurs. Contrairement à ce qu’on prétend souvent, du fait de sa fugacité, la danse n’est pas compréhensible immédiatement et universellement , elle ne se déchiffre que dans le dialogue entre les antécédents personnels du spectateur (expériences, savoir, souvenirs) et la perception immédiate de la danse à travers les phénomènes cinesthétiques. Le processus de perception et d’appropriation de la danse est donc très complexe. Mais on ne peut dire que sa réception relève du domaine de l’incompréhensible. Elle exige simplement une autre forme de compréhension. C’est pourquoi, la danse a besoin d’une médiation qui ne nie pas sa complexité et sa fugacité, mais les inclut toujours dans sa pensée.
Parler de complexité implique un savoir pluraliste, pragmatique et dynamique, autant de caractéristiques des nouvelles méthodes de connaissance décrites par Sandra Mitchell Ces notions clés que Holger Noltze reprend pour la médiation de la musique, valent tout autant pour la médiation de la danse. Précisons-les: 1. «Un savoir pluraliste pourrait vouloir dire: il n’y a pas d’approche unique, ni du côté de l’art, ni du côté de la réception.» 2. «Un savoir pragmatique: nous ne pouvons jamais tout comprendre; toute étude nous rapproche de son objet, jusqu’où?, cela dépend de la situation du moment et des efforts fournis.» 3. «Un savoir dynamique serait celui qui, au lieu de défendre des vérités absolues – autant dire de recourir à l’idéologie – ferait place à un modèle de compréhension flexible et capable d’intégrer les nouveaux enseignements.» Pour appréhender la fugacité de la danse aussi, il faut expérimenter de nouvelles formes de médiation qui rendent justice à leur objet. Au contraire de la médiation dans un musée, la nature éphémère de la danse fait que sa médiation ne peut s’attarder longtemps sur l’œuvre. A l’heure actuelle, on expérimente de nouvelles formes de médiation durable et appropriée à la discipline de la danse. Entre autres, avec des plateformes de médiation régionales, non liées aux lieux de création. Leur indépendance leur permet de proposer une médiation culturelle au caractère absolument déconstructif et transformatif, au sens d’une médiation culturelle critique.
la Fête de la danse, Photo: Christian Glaus
La médiation de la danse peut aider celle-ci à acquérir la reconnaissance sociale à laquelle elle aspire depuis longtemps, à condition qu’elle tienne compte de ses particularités et ne les nie pas. Il faut donc définir de nouvelles formes de médiation capables d’exploiter ses réelles potentialités. Notre monde est marqué par les bouleversements, les discontinuités, la précarité et la complexité. La médiation de la danse peut montrer que la danse a un lien avec le quotidien et la vie des gens et qu’elle peut aider à gérer ces situations instables. La danse est experte en matière de fugacité. Elle sait aborder les questions actuelles. Une médiation de la danse qui réfléchit à l’art, à la société et à leur interaction, ne se contente pas de faire connaître la danse, elle peut également avoir un effet transformateur, pour la danse comme pour la société.
Sarah Uwer est doctorante à l’Institut des sciences du théâtre de Berne. Elle est aussi assistante pour l’association «tanz aktive plattform» et travaille dans la médiation de la danse pour la Dampfzentrale Bern
Article de Sarah Uwer, en fichier PDF>>
La Plateforme vaudoise de médiation danse, pour une complicité association-médiation-théâtres
Cet article présente un bilan intermédiaire d’une des nouvelles plateformes de médiation culturelle danse, celle du canton de Vaud. Il offre l’opportunité de poser la question des rapports entre les institutions culturelles et la médiation, un rapport évolutif et foisonnant.
Il y a deux ans, l’Association Vaudoise de Danse Contemporaine a relu ses textes fondateurs au jour des avancées actuelles en terme de reconnaissance du public, ce qui s’exprima concrètement par la création en 2010 d’une « Plateforme vaudoise de médiation danse ». L’association pense ainsi une structure dont la forme se calque sur sa propre mission : être au service de tous les acteurs de la danse contemporaine, non d’un acteur en particulier. Voilà qui coupe court aux questions sur son inscription (à quelle institution assimiler cette Plateforme qui voit le jour dans le canton?), mais pas à celles relatives à son terrain d’action.
Si l’on considère l’état de la médiation culturelle danse dans le canton en 2009, on constate, parmi les institutions programmant régulièrement de la danse, qu’exception faite du Théâtre Sévelin 36 à Lausanne, aucune n’a de personnel ni de budget spécifiquement alloués à la médiation. Cependant, nombre d’initiatives ont vu le jour, des actions de qualité mais qui sont souvent isolées. D’autre part, des efforts d’accès à la culture auprès des scolaires sont entrepris par le canton et les villes qui mettent en place des systèmes de réduction sur les billets d’entrée.
Comment instaurer la médiation culturelle danse dans un tel environnement? D’emblée, le choix de pratiquer la médiation d’une œuvre, non la médiation d’un art (une création chorégraphique particulière plutôt que la danse en général), concentre la tâche sur les théâtres et festivals programmant de la danse et évite au passage l’écueil de la sensibilisation avec son cortège de questions, par exemple quels sont les publics de la médiation (veut-on toucher un public captif ou non captif) ? Où s’implanter (dans une maison de quartier ou un festival d’art) ? À quel acteur appartient le projet développé (l’acteur social ou le médiateur) ? Ce choix inscrit également la médiation dans un champ intellectuel, poétique et critique, une ligne directrice dont la sensibilité fait écho à celle d’une personne comme Noël Claude, responsable du développement de la culture chorégraphique et des actions de sensibilisation en région au CCN de Franche-Comté à Belfort, qui « passe une bonne partie de son temps à lier, relier, connecter […] [qui] s’appuie sur ses vagabondages culturels pour élaborer sans cesse des formes souples et évolutives d’échanges avec les publics. »
La première étape de la mise en place de la Plateforme consistait à rencontrer les directeurs/trices des théâtres et festivals pour leur présenter ce qu’est la médiation culturelle et leur proposer une certaine vision en fonction des contraintes propre à leurs institutions respectives (publics, taille du théâtre, type de spectacles, etc.). Ensuite venait l’incitation à concevoir un programme de médiation, à susciter des activités – quitte à ce que la coordinatrice les exécute elle-même dans un premier temps pour créer des bases de référence –, à dégager des ressources humaines et les former au besoin. La coordinatrice offre ainsi ses compétences de médiatrice, un soutien financier et la promotion en échange d’un engagement du théâtre qui, à moyen terme, intègre la médiation dans ses missions et dans le budget de l’institution. Une forme de partenariat qui se concrétise par l’entrée de l’institution dans la Plateforme.
Lorsque la coordinatrice de la Plateforme rencontre la direction d’un théâtre, elle fait une action dirigée qui attend un retour de son effort ; elle entretient un rapport individuel et direct ; elle sonde le territoire de l’autre en l’analysant, en soumettant des idées, et même parfois en y menant des actions. Or, cette posture va se doubler d’un autre rôle qui témoigne d’une évolution de la Plateforme : depuis quatre mois, les institutions ont demandé la tenue de séances communes régulières animées par la coordinatrice ; elles se sont approprié la Plateforme pour créer un espace d’échange. La coordinatrice y tient un rôle nourricier (informer, proposer, etc.) et enveloppant ; elle crée les conditions d’une mise en commun (faire en connaissance des autres, faire avec les autres, voire faire ensemble).
L’évolution d’un projet passe donc par une modification de l’espace entre l’institution partenaire et elle. Une fois la séparation initiale dépassée et le dialogue établi, un rapport dynamique s’instaure. La manière dont ces rapports s’organisent transforme autant le travail de la médiatrice que le travail de son partenaire; la mobilité de l’un induit la mobilité de l’autre. Et lorsque, en plus, tous les partenaires sont associés à ce dialogue, la médiation devient fertile, exigeante, pour offrir au public une expérience inédite. Par exemple, les partenaires se sont fédérés autour du thème de l’urbain ce printemps permettant au public de s’emparer d’un fil conducteur pour rentrer dans une forme de spectacle qui lui est peut-être étrangère ou, pour un public plus averti, de renouveler son regard. Traverser d’un lieu à l’autre et traverser un thème pour comparer, réfléchir et nourrir son imaginaire, une vision généreuse de la médiation que la Plateforme souhaite impulser dans le futur à ses partenaires.
Raphëlle Renken
Raphaëlle Renken est coordinatrice de la Plateforme vaudoise de médiation culturelle danse. Elle travaille parallèlement en tant que médiatrice culturelle au Musée d’art et d’histoire de Genève. Elle s’engage aussi dans toutes sortes d’activités en faveur de sa profession et de la danse (entretiens, curatelles, articles, formations continues, programmes de médiation, « Temps des coulisses »…).
Article de Raphëlle Renken, en fichier PDF >>
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